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Gabrielle Taron-Rieussec

M1 PAC

 

Mercredi 19 décembre 2019

Note d’intention

Dans cette série sans titre, j’ai tenté de montrer l’Autre comme une présence inaccessible, dont le visage est celui que veut bien nous renvoyer notre conscience, bonne ou mauvaise.

L’Autre ici est un marginal, sans identité, dont la présence nous dérange tout autant que son invisibilité. J’aimerais qu’il ne soit pas là, dehors, alors je l’ignore pour le faire disparaître. Et il réapparaît un peu plus loin.

J’ai essayé de me rapprocher de cette entité, de l’atteindre sous le masque. Mais plus je m’approche et plus il se fond dans le grain. J’ai beau changer le format du paysage au portrait, je peine à l’individualiser au delà de sa condition sociale.

C’est pour évoquer cette présence qui poursuit la mauvaise conscience que j’ai choisi de réaliser ce travail en argentique : la trace de l’Autre est là sur mon négatif, physiquement, puis sur le papier. Et pourtant cela reste une simple image. Avec le noir et blanc, j’ai tenté de créer une ambiance cauchemardesque à partir de situations pourtant familières.

Dans la série de « paysages », l’idée était que l’Autre soit à peine visible, son masque étant noyé dans les multiples détails de la vue. Au recadrage dans la série de « portraits », j’isole cette figure mais le grain la déforme et l’on n’obtient pas plus d’informations en s’approchant. En variant les modèles, je souhaitais qu’on n’attache pas une seule personnalité à ces différentes présences que le regard uniformise.

C’est ainsi que le masque, quelque soit la position du modèle, reste frontalement tourné vers moi : ce n’est pas un visage mais un reflet. Ce qui m’a intéressé dans le travail du masque, c’est donc qu’il rend visible (blanc, il accroche mieux la lumière que la peau) tout en dissimulant l’identité, comme un stigmate.

J’ai choisi de déchirer les marges de l’image pour mieux rendre l’impression de surgissement de cet Autre, comme un trou dans le mur. L’accrochage par éparpillement suit la même logique : que le spectateur ait le temps d’oublier puis d’être surpris à nouveau, comme par des images subliminales.